A
un kilomètre de la route nationale n°21, à 17 km au Nord d'Auch,
le village de Sainte-Christie groupe ses maisons sur une assise
calcaire de la rive droite du Gers. L'origine remonte au XIème
siècle, époque où fut bâti un château primitif sur la partie haute
de l'étroit éperon rocheux.
Château, église et premières maisons étaient enfermées dans une
enceinte en grande partie disparue. Plus tard, un autre quartier
s'établit hors des murs, en contrebas sur le versant nord. en période
trouble les habitants venaient se réfugier dans le "castelnau"(appelé
ici Capitol) et où on accédait par une ruelle en pente conduisant
à la porte enclavée dans les murailles.
Dépendant
d'abord du Comte de Fezensac, puis des Armagnacs. Sainte Christie
fut englobée dans le Duché de Roquelaure au XVIème
siècle. Depuis quatre cents ans, onze générations agrandirent le
fief des Roquelaure qui, en 1580, constituait une des seigneuries
les plus importantes du Comté d'Armagnac.
Antoine de Roquelaure
(1544-1622)
s'intitulait Seigneur de Roquelaure, Gaudoux, Sainte Christie, Mirepoix,
Montbert, Baron de Lavardens et Biran. Il était en plus Sénéchal
du Rouergue et de Foix. Lieutenant général de la Haute Auvergne.
Gouverneur de Guyenne.
Connu dans sa jeunesse
sous le nom de Chevalier de Longard, il servit d'abord Jeanne d'Albret,
puis suivit le Roi de Navarre dans tous les combats (Coutras, Arques
et Ivry). Lieutenant des gens d'armes du Roi, il était dans le carosse
au moment de l'assassinat d'Henri IV. Marie de Médicis le fit Maréchal
de France.
Son
fils, Gaston
Jean-Baptiste de Roquelaure (1615-1683)
se signala à Sedan et Maestricht où d'Artagnan
trouva la mort. Il reçu de Louis XIV les lettres patentes érigeant
la Seigneurie en Duché Pairié de Roquelaure. Saint Simon, dans ses
mémoires, évoque certaines aventures et la verve gasconne de Gaston
Jean-Baptiste de Roquelaure.
Son petit
fils, Antoine
Gaston Baptiste de Roquelaure (1656-1738)
servit sous les ordres du Maréchal de Luxembourg, devint comte d'Astarac
et Gouverneur du Languedoc ; il apaisa cette province troublée par
la révolte des Camisards. Ce fut sa seconde fille, Françoise, mariée
à Rohan Chabot, qui vendit en 1756 le Duché de Roquelaure à Victor
de Riquetti, Marquis de Mirabeau (450 000 livres).
Six ans
plus tard, le nouveau propriétaire de la Seigneurie de Roquelaure
vendit les terres de sainte Christie au Baron de Batz, Seigneur
de Mirepoix. Mais les relations avec le nouveau maître durent être
assez tendues puisque les communautés de Sainte Christie et Mirepoix
se sont abstenues de convoquer à leurs séances le Baron de Batz.
L'évènement
le plus tragique de l'histoire de la commune se passa en 1590 à
la fin des guerres de religion. Honorat de Tende, Marquis de Villars,
gouverneur de Guyenne, poursuivait les protestants avec une extrême
rigueur. Les troupes de la Ligue s'installèrent à Sainte Christie
et saccagèrent le village, quoiqu'il fût de majorité catholique.
Les Ligueurs, en terre conquise, rançonnèrent Hercule de Léaumont,
Seigneur du lieu. Celui-ci
sans fortune, s'adressa à son voisin, Jean de Chastanet Puy Gaillard,
demeurant à Puységur, qui prêta 100 doubles ducats puis 150 écus.
Lorsque
Manaud de Batz, héritier de Léaumont, vint à Sainte Christie, il
trouva le château en ruines ; c'est lui qui le fit restaurer.
C'est
un bâtiment à l'architecture curieuse dont le plan et les matériaux
de construction témoignent de multiples transformations ; de massives
tours rondes pourraient être les vestiges du XIVème siècle,
alors que la façade est, la mieux conservée, atteste l'époque de
la Renaissance avec ses fenêtres à meneaux et sa tour polygonale.
Des constructions plus récentes masquent la partie Sud. Sur des
soubassements de pierres s'étalent des lits de briques donnant une
teinte de rouge déteint rappelant les édifices languedociens. L'église
primitive, aujourd'hui disparue, était dédié à Sainte
Christine, vierge martyre du IIIème
siècle ;
elle renfermait un reliquaire contenant des ossements qui, reconnus
en 1603 par Monseigneur de Trappes, auraient été transportés ailleurs.
Notons
qu'en 1653, la peste ravageant Lavardens, le notaire Bernard Miran
abandonna son étude et fit réfugier sa famille au château du Cardenau,
appartenant à Madame Cardenau, fille de Monsieur de Clarac.
A
l'ouest de la route nationale n°21, une petite paroisse s'établit
à proximité d'un moulin sur le Gers, sur des terres dépendant de
la famille de Luppé ; à côté s'élevait une salle du XIVème où habitait
Alexandre Carbon de Casteljaloux, commandant la compagnie des gardes
du Roi, immortalisé par Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac (...ce
sont les cadets de Gascogne...)
Le
manoir aujourd'hui disparu a fait place à la coopérative agricole
Mathieu et aux silos de Casteljaloux. Seule la petite église romane
rappelle la paroisse qui fut rattachée à Sainte Christie en 1824.
L'implantation des silos de Casteljaloux s'explique dans une région
où la culture des céréales a été dominante jusqu'à ce jour (480
000 quintaux de stockage possible). Cette culture a, depuis la crise
phylloxérique, supplanté la vigne ; au siècle dernier les marchands
de vin des vallées des Nestes venaient s'approvisionner à Sainte
Christie. L'introduction des cultures nouvelles (colza, sorgho,
etc...) confirme la vocation agricole de la région de Sainte Christie.
d'après
le document réalisé par A. PERE
et prêté par Madame CASASNOVAS
demeurant au château de Ste Christie.
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